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Un "Prodige" pas vraiment prodigieux...

C'est du moins mon avis ( Rodolphe ) sur le film retraçant en partie la vie de Robert Fischer et son match contre Spassky en 1972 à Reykjavik.

Le film se veut résolument documentaire et donc réaliste ( il s'annonce comme étant un "biopic" ) comme l'attestent les dernières images d'archive, du plus mauvais goût , car enfonçant définitivement le clou de la folie "fischérienne". C'est d'ailleurs là le principal argument du film : montrer la parano de Bobby sous tous les angles et quitte à en faire des tonnes, voire à inventer des épisodes pour servir le propos du film ( la scène de la plage et la harangue contre les soviétiques, par exemple )

De ce point de vue, le film est réussi puisque 9/10 critiques de spectateurs  ( sur allociné ) non joueurs ont été fascinés par la" folie " liée aux échecs et confortés dans leurs représentations mythiques et initiales du jeu.

Pour les puristes, ce tableau quoi que techniquement assez  bien léché et assez bien joué malgré un Fischer en araignée quelque peu famélique, et un Spassky physiquement crédible mais trop soviet pour qu'on y croie ( le vrai ne l'était guère ) est assez décevant et inexact. Il suffit de regarder ces vraies photos  ( ci dessous ) prises lors de la vraie Piatigorski's cup de 1966 pour réaliser que Fischer était dès cette époque en très bons termes avec son "rival" Spassky ( Gligoric le dit clairement dans le livre du match de 1972 : " Spassky has always treated  him in a friendly and sympathetic way" cf. Intro  )  qui n'est pas champion du monde  à ce moment là  ( contrairement à ce qui est claironné dans le film ) mais challenger, mais il est vrai qu'il est plus "médiatique " que le pseudo placide Petrossian.  Il suffit pour rétablir la vérité historique  de lire le livre du tournoi et les anecdotes racontées par Kashdan ou les joueurs eux mêmes annotant leurs parties. Il est inexact de faire perdre Bobby contre Spassky lors de la dernière ronde du tournoi de 1966, puisqu'il jouait contre Petrossian, contre lequel il fit nulle tandis que Spassky écrasait Donner pour gagner seul le tournoi devant Fischer. La scène de la plage n'est donc qu'un lourd exercice de manichéisme symbolique, Fischer le gris prostré sur la plage assistant rageur aux ablutions maritimes de Spassky en  maillot de bain noir et jamais seul, toujours sous bonne garde soviétique,  pas moins de deux gorilles/secondants pour lui passer la serviette et la brosse à reluire aux spectateurs, évidemment...

Pour Reykjavik, dramatisation oblige, on a encore déformé la réalité des faits : Tout d'abord Fischer n'abandonne pas la partie immédiatement après avoir volontairement enfermé son fou en h2 dans la célèbre première partie. Il est fou ok, mais pas idiot, et d'ailleurs Kroguious a soutenu qu'il aurait pu faire  nulle malgré ce "don" d'orgueil. Ensuite, après la certes lumineuse 6 ème partie, C'est Spassky qui va se joindre aux applaudissements du public, et non l'inverse comme le montre le film. Les commentaires techniques faits par le duo Lombardy ( certes pasteur mais jamais toujours en soutane ) Fischer ne sont même pas du niveau d'un kibbitzeur de troisième catégorie ... Et Fischer n'a pas des sourires que pour les journalistes tout en fustigeant la médiocrité soviétique en bon ricain mâtiné de G. Bush avant l'heure,  comme en attestent les images suivantes. C'est la complexité de sa personnalité qui passe à la trappe, et donc aussi une part de son charisme, pour ne retenir qu'un monde bêtement manichéen plus vendeur certes pour un public déjà conquis par cet arrière plan binaire , certes important, de la guerre froide.

Un film bien meilleur que "Le tournoi":  ineptie pour ados attardés, mais qui n'arrive pas aux chevilles de la "Diagonale du Fou" de Dembo ou même de l'adaptation de la "Défense Loujine" de Nabokov.

En bref : un "prodige" loin d'être prodigieux...

 

Bon on va parler en notation descriptive métaphorique sinon le box office va chuter : "Alors voila j'ai fomenté un 

Complot ( ben oui Fischer le parano quoi ) pour pouvoir tuer son Roi, ma Tour est une mitrailleuse ( quelle image élégante)

et je vais la bombarder au milieu de sa position... ) 

 

Les vrais Fischer -Spassky , plus beaux, plus complexes, plus intéressants que dans le film, en 1966

lors de la coupe Piatigorsky à L-A dont le film retranscrit quelques scènes.

 

Fischer est trop gentil en réalité on va se le jouer hystérique et désagréable avant l'heure.

 

 

On reconnait Mme Piatigorsky derrière les deux champions.

 

On est bien loin là de l'ambiance du film : un Fischer "solitaire parano, individualiste" ?

 

 Petit Fischer fait déjà la gueule dans le film, que voulez vous il est né comme ça , maudit par Caïssa !

Il a un" énorme potentiel " au ...box office américain car le spectateur veut voir un gamin détestable...

Les deux premiers ( qui n'ont pas l'air de faire la gueule, étonnant si l'on en croit le film ) autour de la coupe 

Piatigorsky et du couple célèbre de sponsors/mécènes d'alors.

 

Vous les reconnaissez ?  Les participants à la célèbre seconde  Piatigorsy'cup 1966.

 

 

L'échiquier lédonien a raison : ça ne vaut guère plus...

 Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu : un lien vers  un streaming de bonne qualité :

http://streamcomplet.com/le-prodige/

 

 

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